Partager :
Bassin de Thau : quand le changement climatique menace nos ressources
Sécheresse, aridification, salinisation… Sur le bassin de Thau, les effets du changement climatique ne sont plus une perspective lointaine. Ils sont déjà visibles. Nappes phréatiques qui se rechargent moins, forages devenus trop salés pour être utilisés, lagune plus fragile… Face à ces évolutions, protéger la ressource en eau est devenu un enjeu majeur pour les habitants, les collectivités, les agriculteurs et les professionnels de la conchyliculture.
L’aridification est l’une des manifestations directes du changement climatique sur le territoire. Elle se traduit d’abord par un déficit pluviométrique, puis un assèchement des sols, accentué par la hausse des températures et l’augmentation de l’évaporation des sols et des plans d’eau. Elle s’accompagne également d’une intensification des sécheresses, qui, combinée au ralentissement de la recharge des nappes phréatiques, réduit progressivement la disponibilité de la ressource en eau. Enfin, la baisse du niveau des nappes favorise une salinisation croissante, avec des intrusions d’eau salée qui menacent la qualité des aquifères. En Méditerranée, l’augmentation de l’évaporation est souvent plus déterminante que la baisse des précipitations. Autrement dit, même lorsqu’il pleut autant sur une année, davantage d’eau repart dans l’atmosphère et moins d’eau reste disponible pour les milieux naturels et les usages.
« A ce jour, aucune masse d’eau littorale méditerranéenne n’est déclassée au titre de la salinisation. Cela interroge au vu de la situation d’urgence de certains territoires littoraux. Les financements se concentrent surtout sur la connaissance alors que les territoires ont désormais besoin de moyens pour mettre en œuvre des solutions concrètes. La salinisation doit être explicitement identifiée comme une atteinte à la qualité des masses d’eau dans les politiques de l’eau », rapporte Elodie Moulin, qui coordonne dans l’association AIGA 16 syndicats de bassin couvrant le littoral d’Occitanie. Et d’ajouter : « C’est le sens des échanges qui ont eu lieu lors de la journée régionale organisée sur le sujet par AIGA, l’ANEL et le SMBT le 18 juin dernier à Mèze. »
Pourquoi le bassin de Thau est-il particulièrement concerné ?
Le bassin de Thau est particulièrement exposé, car il cumule plusieurs vulnérabilités : un climat méditerranéen, une lagune littorale sensible aux intrusions salées et au réchauffement de ses eaux, une forte pression sur les ressources en eau en lien avec la croissance des usages (eau potable, agriculture, tourisme, milieux naturels).
Par exemple, Thau est l’un des rares territoires français confronté au phénomène d’inversac. Habituellement, la source sous-marine de la Vise alimente la lagune en eau douce. Lors de certains épisodes climatiques de tempête conjugué à une baisse du niveau des nappes souterraines, le fonctionnement s’inverse : la source aspire l’eau saumâtre de la lagune vers l’aquifère. Cette intrusion saline menace directement les réserves d’eau douce et peut les rendre impropres à l’alimentation en eau potable ou aux autres usages. Des épisodes ont déjà conduit à l’abandon de certains captages d’eau potable, comme celui de la source Cauvy à Balaruc-les-Bains.
Sur certains secteurs, comme par exemple à Vic la Gardiole, les agriculteurs ne peuvent plus utiliser leur forage pour l’arrosage des plantations, du fait d’une teneur en sel très élevée.
La sécheresse a aussi des conséquences sur la lagune. Une moindre arrivée d’eau douce entraîne plusieurs impacts : une augmentation de la salinité ; des modifications des habitats naturels ; une fragilisation de certaines espèces ; un risque accru de manque d’oxygène dans les eaux en période estivale. Ces évolutions peuvent affecter les activités conchylicoles, la biodiversité et le fonctionnement écologique de la lagune. Les habitants du territoire connaissent bien les épisodes d’anoxie estivale, les « malaïgues », au cours desquelles l’absence d’oxygène dans l’eau entraîne la mortalité de toutes les espèces présentes, que ce soient les poissons ou les coquillages. En 2018, une anoxie estivale avait touché une grande partie de la lagune, et en 2025, un mini-épisode, déclaré aux abords de Marseillan et Mèze, s’était finalement résorbé rapidement suite à la levée de la tramontane le lendemain.
Que faire en cas de crise sécheresse ?
Lorsque les ressources en eau sont sous tension, le préfet peut déclencher quatre niveaux d’alerte : vigilance, alerte, alerte renforcée et crise. Chaque niveau entraîne des restrictions progressives concernant l’arrosage, le remplissage des piscines, le nettoyage des surfaces ou encore certains usages agricoles et collectifs.
Par exemple, dès la situation d’alerte, les particuliers n’ont plus le droit de remplir leur piscine, les communes ne doivent plus proposer de douches de plage ou mettre à disposition de l’eau aux fontaines. En situation de crise, il est interdit de laver façades, toitures et surfaces imperméabilisées chez les particuliers, et l’arrosage des jardins potagers n’est plus possible entre 8h et 20h. Les collectivités n’ont plus le droit d’arroser les terrains de sport, comme en alerte renforcée.
Pour tout savoir sur ces mesures de restriction cliquez ici : www.smbt.fr/wp-content/uploads/2020/10/Mesures-de-restriction.pdf
Chiffres clés
157 litres/j : c’est la consommation moyenne par habitant du bassin de Thau, soit 7 litres de plus que la moyenne nationale. La plupart des ressources en eau du territoire est exploitée par le Syndicat du Bas Languedoc qui alimente en eau potable toutes les communes du Bassin de Thau. Au total c’est environ 22 millions de m3 par an qui sont prélevés dans l’ensemble des ressources selon la répartition suivante :
- 17 millions de m3 sont prélevés dans la nappe alluviale de l’Hérault via le captage de Florensac
- 1 à 6 millions de m3 selon les années proviennent du Pli Ouest depuis Issanka
- 1 million de m3 est produit en moyenne à l’usine de Fabrègues à partir de l’eau du Rhône pour alimenter Vic-la-Gardiole et Mireval