Dans le domaine de la prévention sanitaire, les systèmes d'assainissement et de purification des coquillages ont historiquement été calibrés sur la bactérie Escherichia coli (E. coli). Utilisée comme indicateur de contamination fécale, cette approche a permis des avancées sanitaires majeures. Elle présente toutefois une limite : les virus, comme le norovirus, peuvent persister dans l'environnement bien après l'élimination des bactéries indicatrices. Leur structure résistante et leur faible dose infectieuse en font un "nouvel ennemi", redoutable avec les approches classiques.
Face à ce défi mondial et aux moyens de lutte encore limités, le SMBT et Sète Agglopôle, ont fait le choix d’investir le champ de la recherche, de l’expérimentation et de l’innovation. Avec l’appui des acteurs scientifiques et des professionnels de la conchyliculture, le territoire s’est engagé dans la quête d'un nouvel outil et d'une stratégie adaptée.
NoVLess : une expérimentation prometteuse
Le projet NoVLess vise à tester l’efficacité d’un système innovant de purification de l’eau, spécifiquement conçu pour cibler les pathogènes viraux.
L’objectif est d’évaluer la capacité du dispositif à extraire les norovirus présents dans l’eau de mer, puis dans les coquillages, afin de renforcer la sécurité sanitaire tout au long de la chaîne.
Menée à la Station méditerranéenne de l’environnement littoral à Sète depuis 10 mois, cette expérimentation associe chercheurs, laboratoires, professionnels de la filière, entreprises et partenaires institutionnels, dans une démarche de coopération scientifique.
Les premiers résultats sont encourageants : le système permet une extraction efficace des norovirus présents dans l’eau de mer. Les résultats concernant les coquillages sont attendus en mars 2026.
Cette expérimentation fait suite à de nombreux tests sur le norovirus ,
Entre 2021 et 2022, une première piste a été explorée : l’utilisation de l’acide performique (DésinFix - Kemira), un puissant agent oxydant déjà reconnu pour son efficacité sur de nombreux micro-organismes.
Des essais ont été menés en laboratoire, puis à l’échelle d’une station de traitement des eaux usées, accompagnés de suivis environnementaux rigoureux afin d’en vérifier les effets sur le milieu.
Ce projet a suscité des espoirs à l'échelle nationale (Comité National de la Conchyliculture, Syndicat des eaux de Paris…). Cependant, les résultats se sont révélés décevants. Le produit est efficace contre le norovirus et sans impact négatif avéré sur l’environnement, mais les doses nécessaires ne sont pas compatibles avec les conditions normales d’exploitation d’une station d’épuration ou de réseaux d’assainissement. Cette étape a été fondamentale : elle a démontré que la solution ne pouvait pas être un simple "ajustement" des pratiques existantes, mais nécessitait une innovation de rupture.
Un territoire qui mise sur la connaissance partagée
Cette capacité à explorer, tester et parfois changer de cap repose sur une gouvernance adaptée. Depuis 2020, le Réseau d’Observation Lagunaire (ROL) fédère les acteurs du territoire autour du partage des données et de la connaissance sur le fonctionnement de l’écosystème lagunaire et de son bassin versant.
Adossé à une gouvernance copilotée par l’État et le SMBT, ce réseau constitue un espace de dialogue privilégié. C’est au sein de cette instance que les situations de crise peuvent être analysées collectivement, croisées avec les données scientifiques et transformées en pistes d’action concrètes.
C’est notamment dans ce cadre que la question complexe des norovirus a pu être posée, discutée, débattue… puis traduite en projets de recherche et d’expérimentation.